top of page

Charles Haumont scrute avec patience les carrefours et les allées des grandes concentrations urbaines. Dans le but de réaliser des installations grands formats il effectue régulièrement ses prises de vue au sein de l'espace public, en particulier à Bruxelles où il vit et où se situe son atelier, mais également dans d’autres grandes villes comme Londres ou Tokyo. Son projet artistique est de créer des images sculpturales à partir de personnages anonymes croisés dans la foule, saisis dans leurs postures, émotionnelles ou non, tels qu’ils peuvent se donner à voir dans l'espace public avec leurs parures, vêtements, tatouages, bijoux. Ces individus se sont minutieusement préparés pour accéder à la scène de l'espace public, et ainsi s'exposer au regard de l'autre. 

 

Ce faisant Haumont crée une sorte de photographie phénoménologique. Il dépeint l’expérience indicible d’être immergé dans la foule, montre comment cette expérience nous transforme. Propulsés au sein de l’espace public nous jouons un personnage. Par les mouvements, les postures que nous y donnons à voir, les vêtements que nous choisissons d’y porter, ce personnage est le fruit de la latence imaginaire de toute une série de mouvements ou de poses possibles, ce qui nous différencie du robot ou du mannequin en résine. Nos postures sont le produit d’une vie imaginaire du corps : nos gestes se font trace de notre histoire. Et cet imaginaire à son tour se noue affectivement au perçu. En effet la perception du corps d’autrui est essentielle à l’instauration du nouage affectif entre le voir et le vu : le corps de l’autre est l’objet par excellence de tous les investissements imaginaires. En témoigne la jubilation, si manifeste dans les images de Haumont, qu’ont les sujets à se mêler à la foule : la rue est un langage, et s’immerger dans le langage est jubilatoire. 

bottom of page